
L'ETHIOPIE le 29 décembre
75 millions d'habitants sur 1 133 380 km² ; c' est un pays essentiellement agricole : près de 90 % de la population active travaille dans ce secteur. Toutefois, en raison d'un manque de moyens et de matériel moderne, l'Éthiopie ne peut tirer profit de ses ressources naturelles : c'est l'un des pays les plus pauvres de la planète. Au cours des années 1970 et au milieu des années 1980, l’Éthiopie connaît une sécheresse et une famine particulièrement dévastatrices, un comble pour un pays où le Nil bleu prend sa source et fournit la plus grande part du flot qui irrigue l'Egypte!!! De 1998 à 2000, elle entre en guerre avec l'Erythrée dont nous verrons quelques vestiges. C'est à peu près tout ce que nous savions de l'Ethiopie en venant ici ; depuis, nous avons entendu dire que c'est le plus beau pays de l'Afrique et qu'il faut faire plus qu'y passer...
Ils parlent et écrivent l'amharique dont l'alphabet est composé de 231 caractères illisibles pour nous. En majorité chrétiens orthodoxes et quelques régions musulmanes. Ils sont très fervents et l’on trouve des églises partout, assez souvent aux couleurs vives au sommet de hautes collines.
Nous commencerons par Gondar ville historique dans les hautes terres du Nord-Ouest qui renferme les ruines de l'ancien palais de Fasilides dans une enceinte fortifiée en plein coeur de la ville presque entièrement détruite entre 1750 et 1890 pendant les guerres civiles. Aujourd'hui de nombreux habitants de la ville sont des fermiers qui pratiquent des cultures vivrières.Ville marchande d'importance secondaire où se négocient principalement les céréales et le bétail local.
Nous tombons dans une période appelée le "Timkat" fête qui commémore le baptème du Christ et la ville est remplie de pélerins drapés dans le traditionnel chama blanc ; ce sera pour nous une ville étape pour nous ravitailler en carburant et vivres car nous prévoyons de faire la boucle vers l'Est que Sylvain nous a présenté comme la plus belle route d'Afrique... il paraît qu'elle ne va pas être bien facile cette piste ... mais c'est la saison sèche, Eric connaît bien son véhicule et nous avons le temps.
























31 décembre 2009 Après les hauts plateaux cultivés en terrasses (on se croirait revenu en Equateur) nous resterons un bon moment à 2500 m d'altitude
Sommes obligés de demander l'hospitalité pour la nuit (enfin juste un emplacement pour nous stationner en sécurité) car au moindre arrêt nous sommes assaillis par des dizaines d'enfants qui viennent réclamer . Ils ne maîtrisent pas tous l'anglais mais se débrouillent et nous parvenons à en intéresser quelques-uns sur différents sujets dont les animaux et les pays du monde toujours grâce à notre atlas des 6-10 ans qui nous fait bon usage.
Nous entreprenons ensuite une longue piste caillouteuse et poussièreuse et tout en lacets mais splendide...
Les cultures vont assez hauts, un peu comme en Equateur mais les sommets sont encore bien boisés ce qui nous offre des paysages somptueux. Parfois des passages difficiles car les S sont en épingle, mais la beauté du paysage vaut bien cela.
Nous sommes assez étonnés de voir les villages si hauts perchés et loin de tout (tout quoi..d'ailleurs??...). Par contre, peu de ravitaillement (nous croisons un camion toutes les heures) et nous ne trouvons pas grand chose à acheter pour changer un peu les repas : tomates, pommes de terre, oignons, alors nous entamons sérieusement notre réserve de boîte de conserves et pâtes!
Notre moyenne oscille entre 80 et 100 km par jour, la poussière s'accumule...une descente vertigineuse ,sur piste toujours, en lacets mais dont le revêtement devient bien plus aléatoire (fesch-fesch). De plus, la terre est rouge ici, cela nous rappelle la Bolivie avec toutefois la moiteur en moins, ce qui n'est pas négligeable mais ce sera 30 km en 3 heures.la route est en réfection, ce sont bien les chinois qui s'implantent...
Puis nous repassons sur un plateau cultivé de céréales et de pâturages d'ovins. Il est inimaginable le nombre d'enfants qui court des champs à la route pour nous rejoindre et réclamer un petit rien : You!! (pour nous interpeller) - "pen" (stylo) ou "give me money!!"(à croire qu'ils apprennent ces mots dès le berceau), avec leur crâne rasé et juste une petite houpette frisée au sommet qui nous font penser à "Kirikou" (le héros du célèbre dessin animé de Michel Ocelot). Pas 500m sans voir des gens qui marchent, ou bien assis sur le bord de la route à attendre leur animal ou leur troupeau. Les filles dès leur jeune âge marchent le dos chargé de bidon pour charrier l'eau le plus souvent, je crois bien que c'est leur quête quotidienne ou des fagots de bois. Nous sommes assez étonnés de voir qu'il y a de nombreuses caravanes de chameaux.
Indépendamment des risques liés à l'état des routes lui-même, le nombre d'accidents n'est pas négligeable, soit à cause des bêtes qui traversent inopinément, ou des gens qui ne voient pas beaucoup de véhicules et n'ont pas l'habitude de faire attention, ainsi que les transporteurs et taxi (les flambants neufs 4x4 des Nations Unies que nous avons souvent vues aussi) qui roulent à des vitesses excessives, en particulier dans les villages. Nous avons vu pas mal de camionettes retournées !
L'usage dans ce pays pour les roulards est de se faire héberger à l'intérieur des parkings d'hôtels pour une modique somme, mais cela implique d'être dans le centre de la ville et donc pas de tout repos ; néanmoins, nous comprenons cette nécessité car nous avons testé de dormir dans la campagne, nous croyant seuls au milieu de rien : non seulement il faut arriver à la nuit tombante afin de ne pas être assaillis par des hordes de gamins, suivis des parents lorsque nous engageons la conversation, et il n'y a que la nuit qui les fait partir car il n'y a pas l'électricité sur les routes, ni dans les villages et ils n'ont pas souvent de lampe torche ; et en plus au petit matin (dès 6h) ils sont bien là à cogner contre la caravane (gentiment, jamais d'agressivité je précise!) pour voir le bout de notre nez ; c'est seulement au bout de quelques minutes que nous nous rendons compte que le monsieur porte en bandoullière une kalachnikov et qu'il a dormi à 100 m de nous dans une rikiki hutte de paille...Mais ils sont tellement adorables.
A partir d'Axum, nous devons être le jour du marché : des rubans humains de personnes de tous âges qui marchent tous dans le même sens, les bras chargés de poules, portant sur la tête tantôt des sacs de céréales, herbes, foin, le dos garni de fagots plus ou moins volumineux... avec des parapluies pour se protéger du soleil ; accompagnés de leurs chèvres, ânes, vaches...De temps en temps, certains quittent le bitume pour prendre un raccourci à travers champ ou rivière... indescriptible!! C'est ici l'Equateur et la Bolivie réunis, des gens que nous ne croisons que quelques secondes, un échange de sourires malgré leurs conditions de vie assez difficiles mais dont ils ne se plaignent pas ; ce sont ces instants qui nous restent gravés, si brefs soient-ils? Il y a bien des jours où ils nous agacent à rester plantés là, visages collés aux carreaux à essayer d'entrevoir notre intérieur, ou nous observer manger alors qu'ils sucent de la canne à sucre, en guenilles ou pieds nus. Ce n'est pas toujours facile à gérer, surtout avec les filles...
Encore un peu plus au Nord, nous nous trouvons proche de la frontière érythréenne et les villages alentours nous rappellent que la guerre n'est pas si loin ; les carcasses de chars rouillés abandonnés ça et là servent de jeu aux enfants. A Adigrat seulement nous trouvons une bonne connection internet pour rassurer les proches et lire nos nombreux messages de Bonne Année ( Merci à tous ceux qui pensent encore à nous si loin, nous pensons bien à vous aussi et Bons voeux pour vous en retour) ; le paysage change encore : les maisons en pierres plates ont un toit plat fait de pisé, les eucalyptus trônent sur les versants et nous passons pas mal de cols montagneux ; surpris par le brouillard et l'humidité, cela va reposer un peu les appareils photographiques. Les hommes portent des espèces de pagne coloré, les filles et femmes sont coiffées avec des tresses très fines qui leur font un casque et les rendent très jolies.
Kembolcha : végétation verdoyante et luxuriante, toutes les terres sont cultivées et nous voyons pour la première fois des plantations de café ; les habitations sont composées de huttes en boue séchée recouvertes de paille, nous avons l'impression de nous retrouver chez les Gaulois de Goscinny et Uderzo.
A partir de Karakore où ce sont encore montagnes et plateaux nous traversons la rivière et la végétation se fait plus dense, nous sommes redescendus à 200 m d'altitude, il y a toujours autant de bétail et troupeaux de chameaux. Les meules de foin forment comme des madeleines parsemées au milieu des champs, la récolte d'oignons bat son plein et nous retrouvons bananiers et manguiers. Pas pour longtemps, car nous remontons assez vite à 3500 et encore des patchworks de parcelles en terrasse cultivées, ce doit être splendide au printemps. Les cases diffèrent un peu : la base est en pierres, surmontée d'une armature de bois recouvert de pisé avec un toit de chaume à double cornet cette fois ou bien un toit en zinc.
Une trentaine de kilomètres avant d'arriver à la capitale, l'électricité est dans le village mais toujours pas l'eau, l'évolution n'est certes pas rapide mais existe et nous venons de parcourir un tronçon de près de 200 km en début de travaux (et ils ne sont pas près d'en voir la fin!), les chinois aux commandes mais les femmes et hommes transportent les pierres à la main, et à la place d'une brouette, un espèce de brancard fait de 2 rondins tenus par une toile de tissu !!... alors forcément, cela ne peut pas avancer vite! Même sensation en arrivant sur Addis Abeba, beaucoup d'immeubles en construction, il semblerait qu'ici c'est le tout-à-l'égoût qui se profile et c'est une telle pagaille pour circuler !! Cependant, nous ne sommes pas mécontents d'arriver dans cette ville à 2000 m d'altitude avec 2 millions 5 habitants : Nous avons l' adresse d'un couple lui hollandais et elle éthiopienne qui tiennent un restaurant et ont un terrain où ils accueillent les voyageurs comme nous. Nous avons 2 impératifs à Addis : obtenir notre visa pour le Kenya et refaire un passeport pour Eric car il ne lui reste que 2 pages et ce sera trop juste pour faire tous les pays africains que nous projetons de traverser. Et comme chaque fois que nous avons des démarches consulaires, nous ne tombons pas dans le bon créneau : en effet, les éthiopiens utilisent encore le calendrier julien, et sont donc en retard par rapport au nôtre ; c'est ainsi que nous apprenons que nous arrivons la veille de Noël!!
Il va donc falloir attendre l'ouverture de l'ambassade. Et ne pas se tromper dans les heures d'ouverture des bureaux car en plus ils n'utilisent pas les mêmes heures que nous : ils décomptent à partir du lever du soleil, cela fait bizarre la première fois, bien qu'en ville tout le monde se met au diapason. Par contre, nous aurons l'honneur d'être invité pour le repas de fête et ainsi découvrir leurs traditions et plats locaux succulents !! : "wot" (ragout épicé à la viande de boeuf et aux oignons et poivrons) servi avec la traditionnelle galette "injera" (galette insipide aux couleurs grisatre à base de "teff"), ni couteau, ni fourchette, ni cuillère, ils se servent de la galette pour attraper la viande ; pain fait maison au sésame, pop corn et fruits frais (oranges, bananes) et la tradition du café qui est une institution ici (+ d'1/2 heure de préparation) : torréfaction devant nous à l'ancienne, servi dans une cafetière en terre décorée qui bout le café à même la braise. Nous retrouvons le lendemain avec un immense plaisir les 2 couples de suisses rencontrés au Caire.
Nous en profiterons pour visiter le musée national assez petit mais nous voulons montrer aux filles le squelette presque complet de Lucy, "la doyenne de l'Humanité", notre ancêtre d'il y a 4,5 millions d'années qui a été retrouvé en 1976 à quelques kilomètres d'ici par l'américain Donald Johanson et les Français Maurice Taieb et Yves Coppens. Une bonne occasion de faire des révisions et préciser nos connaissances par la même occasion.










6 janvier : nous quittons l'agitation citadine après avoir trouvé une assurance pour le véhicule pour les pays d'Afrique de l'Est que nous allons traverser jusqu'en Afrique du Sud ; nous nous évadons pour le Lac Langano au sud prendre un peu de bon temps avant d'aller trouver les pistes fastidieuses du Nord du Kenya ...
Après Awasa, la flore change, les bas-côtés sont verts, les clotures sont en cactus ou acacias ; les maisons en torchis sont plus en couleurs, fermés par portes et volets en bois sculpté, les populations toujours aussi présentes, surtout si nous tombons sur une sortie de collège ;
Vers Dila, le climat et la végétation deviennent tropicales, nous retrouvons bananiers, manguiers et ananas.
Yavello, dernier village où nous verrons des voyageurs. Ensuite, les terres se dépeuplent : la route, la steppe de chaque côté, des acacias qui font barrage et bientôt de moins en moins de troupeaux et individus. Les villages sont désormais espacés de 50 km et non motorisés, et bizarrement, les enfants se cachent dans les fourrés à notre passage...?...
Nous aurions bien aimé passer plus de temps dans ce beau pays, mais nous ne pouvons pas bivouaquer dans la nature, les populations sont très attachantes mais très collantes aussi ; nous ne pouvons pas nous arrêter autre que dans les parkings d'hôtel (rarement calmes donc les nuits sont courtes) et ne concevons pas de visiter un pays de cette manière : il y a des gens, partout, tout le temps et les filles commencent à fatiguer !
C'est pourtant le pays qui nous coûte le moins cher, même s'il faut assez négocier car par principe, le Blanc est riche, donc il doit payer plus cher que le Noir (parfois beaucoup plus cher!!) ; par ailleurs, il n'existe pas de supermarché, nous mangeons donc en frais ce que nous trouvons, c'est-à-dire pas grand chose (pain, tomates, oignons, carottes parfois...) en comestible j'entends, car tous les villages arborent tout de même des étalages de vêtements ou de babioles "Made in China", sans oublier bidons ou bouteilles en plastiques récupérées et sandalettes en caoutchouc dont ils se chaussent ; par conséquent, notre seule vraie dépense est le carburant (le litre de gasoil à 0,60€).
Nous passerons la frontière à Moyale , en sachant que la piste des 500 prochains kilomètres va être longue et douloureuse... pour le CC. Les dires de voyageurs qui en reviennent sont assez éloquents et nous nous apprêtons à une semaine délicate, en priant bien fort que la saison des pluies ne soit pas avancée!!!!!






