21 avril République Sud Africaine
Nous entrons sur le territoire très simplement, puisqu'il n'est pas besoin de visa, et un simple timbre apposé sur le passeport nous ouvre les portes de la "Nation Arc-en-ciel". Un pays immense qui représente plus de 2 fois la France (1 200 000 km2) au peuplement pluriethnique avec un total de plus de 47 millions d'habitants. La monnaie s'appelle le rand (1euro = 0, 10 rand) mais avait déjà cours en Namibie donc nous avons déjà du change. La langue officielle est l'afrikaans et pour nous se sera l'anglais, la seconde langue usuelle.
D'abord, nous retrouvons la verdure avec grand plaisir, et la vallée arrosée par le fleuve Orange nous offre en fond d'écran des vignes à perte de vue.Nous retrouvons la civilisation et les villes commencent à être plus structurées. Nous croisons beaucoup de voitures de police, ce qui nous plonge immédiatement dans les antécédents de ce pays qui, jusqu'en 1991 subit la ségrégation raciale : l 'apartheid se traduit par un certain nombre de mesures comme le droit de vote réservé aux blancs ; stricte séparation des écoles et des lieux de résidence (création des townships, les ghettos noirs) ; interdiction des mariages mixtes ; regroupement des Noirs dans des territoires autonomes.Aux entrées des villes nous pouvons toujours apercevoir les "townships", qui n'ont hélas pas tous l'eau dans les cabanes, et qui nous font constater comme la vie dut être rude pour ses gens de couleur. Nous nous replongeons volontiers dans les livres pour retrouver les dates, les évènements et personnages illustres qui ont fait l'histoire, ainsi que pour relater les faits historiques à nos filles.


A Upington, nous retrouvons les campings ("caravan parks") bien organisés avec des sanitaires relativement propres et rencontrons un couple de grenoblois qui revient de l'Afrique de l'Ouest et remonte en sens inverse de nous. Nous en profitons pour nous poser une journée car nous avons 1500 km à faire pour arriver au parc Kruger à l'extrémité est du pays ,avant les vacances scolaires pour éviter l'affluence. En effet, cette année le pays accueille la coupe du monde de football dans 1 mois et demi et des vacances supplémentaires vont être attribuées.
Nous empruntons la route des vins jusqu'à la porte du "Free State":
Kimberley , capitale mondiale du diamant, fut fondée en 1870 à la suite de la découverte d’un gisement de diamants à proximité. En 1887, la société De Beers s’assura le contrôle de toutes les mines de la ville. L’une d’entre elles, appelée Big Hole, fut la mine qui avait le rendement le plus élevé du monde jusqu’à sa fermeture en 1915, creusée à main d'hommes, de 1,6 km de diamètre dont les galeries plongent à plus de 1000 m de profondeur. Un musée intéressant ainsi qu'un film et une reconstitution du village de l'époque nous ont fait passer une matinée amusante.

Ensuite la traversée du Mpumalanga s'avère un peu moins monotone : d'abord constituée de fermes et vastes étendues de maïs et tournesols, nous entrons ensuite dans le massif de Drakensberg et alors place aux montagnes de granit avec rivières, cascades, qui se fondent dans le canyon de la rivière Blyde, forêts de pins à perte de vue car un programme de reboisement a été mis en place dans les années 90 , ce qui fournit un potentiel de travail conséquent. La vue est splendide, d'autant que le soleil est revenu ; malheureusement, le paysage est un peu entaché, d'une part à cause des clôtures qui empêchent l'accès au précipice et aussi aux séances photos et d'autre part en raison des petits baraquements installés furtivement sur le parking des "View point", rendant depuis peu l'accès payant au panorama (!!...)



Et nous voici enfin au parc national Kruger : la plus grande et la plus ancienne réserve naturelle d'Afrique du Sud, à la frontière du Mozambique à l'est et du Zimbabwe au Nord.
Une carte familiale au tarif de 245 euros pour nous 4 nous donne aussi accès à un certain nombre d'autres parcs du pays. Nous avons donc bien l'intention d'y passer déjà au moins une semaine ! Et ce ne sera pas trop...Ce site représente 350 km de long sur 54 de large. Du nom du président de l'époque, Paul Kruger qui décide dans les années 1898 de préserver la faune entre les rivières Crocodile et Sabie, ce sera James Stevenson-Hamilton qui en devient le directeur à partir de 1902 et lutte contre braconnage, surveillance de l'ensemble du terrritoire, construction de campements, développement et agrandissement du parc...
Cela représente aiujourd'hui 1 million de visiteurs par an, soit 2740/jour, 885 km de route goudronnée mais 1739 de pistes (nous en parcourerons près de 1000 en une semaine); 2500 personnes y travaillent ...Mais laissons les chiffres de côté et place au bonheur de passer tant d'heures à observer éléphants, rhinocéros, lions, girafes, hippopotames, zèbres, buffles, gazelles de toutes espèces, phacochères, crocodiles et nombreux oiseaux, rapaces, charognards... Chaque jour un camping différent pour pouvoir profiter du moindre recoin, attendre 3 heures que le lion dépèce le buffle qu'il vient de chasser, s'arrêter juste au moment où l'hippopotame sort de l'eau, arriver au moment où le jeune lion a décidé de s'accoupler , assister au bain de la famille éléphants, surprendre un bébé hyène qui surveille le terrier, ... Des souvenirs inoubliables malgré un rythme draconien : lever à 6h pour partir dès l'aube, jumelles en mains, faire fonctionner les appareils photos et ouvrir tous nos sens pour ne pas louper le caïman qui ingurgite un cadavre d'impala, le roulier à grand brins qui vient d'attraper une sauterelle en vol, la girafe qui s'y prend à 3 fois avant de plier ses longues pattes pour boire, le singe vervet qui épouille son fraternel, se faire charger par un éléphant mécontent... autant d'émotions qui nous font vibrer chaque jour... et même encore la nuit quand nous entendons rugir le lion à des kilomètres à la ronde, ou bien la hyène qui nous réveille de son cri reconnaissable entre mille...
Un périple balisé et organisé dont il faut respecter le strict réglement : rentrer à l'heure du coucher du soleil dans les campements (et en ce moment c'est l'hiver donc 17 h30 précises!) et ne pas mettre un pied en dehors du véhicule.
Ceci nous a aussi permis de pouvoir comprendre comment vivent les sud-africains et en matière de camping, nous pouvons affirmer qu'ils sont imbattables :
- équipement : caravanes super-équipées avec appareillages électriques : plaques électriques ou "cadac" pour le "braai" (barbecue) quotidien ; four micro-ondes ; Tv, satellite ; évier sur pied....
- camping fonctionnels : * salle de bains avec baignoire,
* machines à laver et sèche le linge
* barbecue par emplacement
* eau chaude pour le thé
* femme de ménage ou de vaisselle à disposition...
* machine à laver et fer à repasser ; - organisation "tip-top": dans la plupart des campements, il est judicieux de réserver , c'est facile à comprendre, ce n'est pas très loin de Johannesburg et Pretoria (la capitale) et pour les non-étrangers c'est 5 fois moins cher, alors les emplacements sont réservés à la semaine, des semaines à l'avance. Et une fois sur les lieux, ce sont eux qui délimitent leur territoire.. En plus, nous arrivions toujours les derniers sur le site... où chacun a ses habitudes et comme dans le film français "camping" de Fabien Onteniente : pas question de déranger son quotidien , encore moins de faire un effort pour l'étranger.
Néanmoins, ils semblent troublés par notre récit de voyage car ils ne voyagent pas plus loin que les pays limitrophes.


























Après cette magnifique semaine, nous rejoindrons les côtes de l'Océan Indien, en contournant le Swaziland, où nous attendent plages...
Nous traversons le Maputaland : l'une des régions les plus sauvages et les plus riches en réserves (très très réservées!) naturelles, également peu peuplées ; La forêt indigène est pratiquement engloutie par d'immenses plantations d'eucalyptus destinés à l'industrie de la pâte à papier...Et lorsque nous entrons en Kwazulu Natal, c'en sera des champs entiers, conjugués aux plantations de canne à sucre et ananas. Cette petite incursion en Zoulouland nous permet d'admirer leurs "umuzis", villages de huttes rondes en forme de ruche et de nous rendre compte qu'ils restent très attachés à leur culture : la médecine traditionnelle et l'invocation des ancêtres au cours de cérémonies publiques tiennent une large place dans les croyances locales. Ils ont toujours leur roi (descendant de Shaka) et constituent encore politiquement une force considérable.





Nous adorons visiter le parc de Hluhluwe-Umfolozi pour se refaire un mini-safari (on ne s'en lasse pas...!) et de nouvelles émotions fortes avec les éléphants, puis nous descendons sur l'océan tranquillement pour nous acclimater au taux d'humidité subitement remonté à + 90% ..
10 mai : Saint Lucia : un lac séparé de l'Océan par un cordon littoral qui communique avec la mer et forme un écosystème mêlant mangrove et forêt d'arbres tropicaux, qui abritent hippopotames, crocodiles, singes, oiseaux ...Le climat, l'environnement et les résidences, on se croit revenu en Floride ! (sauf que les employés mexicains sont "colorés", mais tout aussi décontractés).
Nous essayerons les autres réserves du littoral jusqu'à Durban mais ce n'est que succession de stations balnéaires, de résidences ou immeubles cloturés.





Durban : 2 millions d'habitants : 3ème plus grande ville du pays.
Métropole maritime hérissée de grattes-ciel et quadrillée de voies rapides facilitant ainsi notre circulation. La ville tire sa richesse de son port industriel, essentiellement sucrier, mais également du tourisme et une enfilade d'hotels modernes bordent les plages ; le quartier des docks est en pleine restructure, au détriment du port de plaisance qui a échappé à la rénovation et est devenu la place où se regroupent les marginaux.
La ville possède un charmant mélange de populations , on sent comme un bouillonnement d'activité, surtout autour du Victoria Market à l'ambiance orientale où nous pouvons trouver toutes sortes d'articles, des étals de style "marché aux sorcières" où médecins zoulous élaborent et vendent dans des petites fioles sans étiquette des produits extraits de racines, os de singes pilés, plumes d'oiseaux ou reptiles séchés.... aux vertus aphrodisiaques, autant que thérapeutiques ... mais surtout des épices d'orient aux senteurs fascinantes : les Indiens sont arrivés là par centaines dans les années 1860, car, l'esclavage aboli, les zoulous ne voulaient plus travailler dans les champs et les anglais avaient un énorme besoin de main-d'oeuvre pour la canne à sucre ; ils (les Indiens d'Inde!) ont réussi par la suite, malgré la discrimination raciale, à occuper des places prépondérantes dans le commerce et dans les affaires. Les quelques bâtiments publics de l'époque coloniale se fondent dans le décor.
Nous sommes là, en partie, pour trouver un transitaire qui puisse nous trouver un bateau pour transporter le CC jusqu'en Europe, et nous avons trouvé un camping pas trop onéreux, à la périphérie de la ville, pour nous permettre de prospecter...
Evidemment on ne cesse de vous le décrire depuis le début , l'Afrique est spéciale!! Et bien sûr, notre recherche ne va pas aboutir rapidement : D'abord, le prix des "shipping" est inouï, et même en prenant des destinations proches (l'Espagne ou le Portugal), les premiers tarifs proposés tournent autour de 85 €/ m3 (le camion en fait 47 m3!), rien à voir avec la traversée de l'Atlantique par les côtes de l'Amérique du Sud! Par ailleurs, les devis ne sont pas si simples à obtenir, insister et y être tous les jours afin que le travail soit effectué et même si les transitaires sont situés au même endroit de la ville, deux semaines ne seront pas de trop, au bout desquelles nous nous sentons démoralisés à l'idée de dépenser 1/4 de notre budget total pour remonter sur l'Europe ; et il faut ajouter à cela les billets d'avion et l'hébergement en attendant le bateau au port d'arrivée...
Par là-dessus, nous sommes victimes d'une arnaque à la carte bancaire ; un gars a réussi à dupliquer la bande magnétique de la carte à l'intérieur même du distributeur de billets, en notre présence sans que nous n'y voyions rien!! Il nous dépouille à distance en quelques jours, c'est notre banque française qui nous alerte en observant des retraits supérieurs à notre train de vie habituel et un découvert bien au-delà du montant autorisé!!
Heureusement, nous sommes rejoints par nos potes grenoblois rencontrés un peu plus haut il y a un mois (Sylvie et Etienne), l'épreuve s'en trouve dédramatisée. Mais pour nous, la visite du pays s'achève là, les festivités de la Worldcup approchent et nous n'avons pas trop le coeur à nous trouver dans des lieux submergés par la foule ; les campings sont surbookés, le nôtre dans la banlieue est fort agréable, au calme, les propriétaires hospitaliers...
Et , quand enfin nous cédons pour une compagnie au tarif discuté de 39 00 euros, départ le 14 juin, il nous reste une dizaine de jours pour ranger le cc, le rendre propre pour ne pas attirer l'attention des douaniers, organiser notre transfert en avion et rassembler le matériel de camping pour Vigo en Espagne.
Mais l'aventure ne s'arrête pas là !
Nous sommes jeudi 9 juin, et nous avons effectué ce jour le contrôle douanier, dans la rue, en bonne camaraderie, pour avoir le tampon qui confirme que nous ne sommes plus en Afrique (..!!..). Cela pour éviter à tout le monde les désagréments d'une fin de semaine bousculée par l'ouverture de la Coupe du Monde de Football qui est un gros challenge pour le pays tout entier. Et nous devons mettre le véhicule sur le bateau demain samedi. Alors qu'on réserve un véhicule de location pour continuer à bouger le temps de prendre l'avion (dont nous ne pouvons prendre les billets avant que le CC soit embarqué car les frais de storage sont de 200€/jour et si le bateau est retardé....), un message de dernière minute nous informe que le CC n'embarque plus samedi mais mardi 15 juin. Ca commence!! Et dans le même temps, en s'informant des tarifs d'avion : Durban n'a pas de ligne directe sur l'Europe, nous ferons au moins une escale à Johannesburg, puis une autre à Barcelone ou Madrid avant Vigo, mais cela s'avère bien plus compliqué puisque subitement ...le billet simple aller de 500 euros/personne passe en quelques jours à 1000 euros/personne!! (on croit à une blague, ou un cauchemar selon que vous êtes joueur ou terre-à-terre...).
Alors, en ce vendredi 10 juin, nous ne savons plus trop où nous en sommes, pas de départ de bateau certifié, des billets d'avion à trouver pour quitter le pays mais quelle date???en tenant compte que notre visa de séjour se termine le 20 juillet (au-delà, nous demandons une prolongation et ici c'est pire que la Namibie car c'est 150€/visa!!).
On ne parle finalement que d'argent dans cette Afrique.
Mais c'est jour de fête, la France joue ce soir au football, jour d'ouverture, et demain contre l'Afrique du sud au Rugby, nous voulions être partis avant, nous sommes bien là alors faisons la fête avec eux, tous ces gens sympathiques, blancs et noirs (colored aussi) qui croient en leur pays. Et nous retrouvons, presque par hasard, la famille Cousinie avec leurs 2 enfants, avec qui nous avions fêté Noël il y a 2 ans à Ushuaïa et qui revient des Amériques ...alors d'anecdotes en souvenirs communs, nous avons encore à échanger pendant quelques journées. Ils seront bien gentils de rester jusqu'à ce que nous allions louer un véhicule.Et pour nous faciliter davantage le séjour, qui commence à trop durer à notre goût, nous aurons 5 jours de pluie et des températures négatives la nuit, nous n'étions pas vraiment préparés à cela
Finalement, le CC a embarqué le 15 juin, et,après moult recherches judicieuses pour nous ruiner le moins possible, nous prenons tous l'avion ce 21 juin pour Lisbonne (Portugal) en passant par Johannesbourg, Dubai (Emirats Arabes Unis), Paris et Lisbonne, le tout en 36 heures. Nous finirons par arriver à Vigo ...en train !!
Voici une belle aventure qui se termine, l'Afrique est bien spéciale, je pense qu'il faut être né africain pour comprendre ce continent, et nous regrettons un peu ne pas avoir eu autant de contacts humains qu'en Amérique latine ; cependant, resteront ancrés dans nos coeurs les émotions, senteurs et couleurs.
Mais le voyage c'est aussi : savoir partir et être heureux de revenir. Sacha Guitry a dit : "Les voyages, ça sert surtout à embêter les autres une fois qu'on est revenu !" alors... à très bientôt!!










